Les migrants

Auteur  
# 17/09/2012 à 07:12 Claude Drocourt
« A partir de la question des migrations de peuples, qui passent d’un pays à un autre pour s’y établir, je voudrais essayer de parler de l’accueil de l’Étranger et aussi de l’accueil des autres.

Je mesure la grande utopie qu’il y a de vouloir dire à l’homme d’aujourd’hui qu’on devrait accueillir l’Étranger comme notre frère ! Apparemment, un projet idéal loin de la réalité. La réalité aujourd’hui, c’est une vie difficile où on parle de rigueur, de chômage et de pauvreté grandissante ! Et même de catastrophes écologiques inévitables ! La terre va-t-elle devenir invivable ? Malgré l’inquiétude économique actuelle et le pessimisme quant à l’avenir, ne peut-on pas tout de même espérer autre chose, et justement peut-être avec les migrants ?
Je vous propose une réflexion qui m’a beaucoup appris. Elle n’est que l’ébauche d’une étude à faire.
Je vais parler brièvement des migrations dans le monde, en France et dans le Roussillon, qui ont été provoquées par les guerres, les persécutions et les catastrophes naturelles. Ensuite de la situation d’aujourd’hui dans un monde qui change, pour terminer par un regard plus positif sur le migrant et l’étranger que nous sommes aussi.
(La référence dans le texte comprend le N° de l’ouvrage cité à la fin / et le N° de la page)

= Les migrations ont existé de tous les temps. ( Cf. 3 - « Atlas des migrations » ). Le peuplement de la terre s’est fait avec des migrations. Voilà 3 M (Millions) d’années l’homme préhistorique, suivant son destin d’explorateur, sortait lentement de son berceau africain (300m/an) (3/14). Il était évidemment noir et sa pigmentation le protégeait en Afrique des rayons ultraviolets. Vers 8000 ans avant notre ère, chasseur-cueilleur, il s’est sédentarisé. Il parvint à avoir des troupeaux et chercha à les protéger par des barrières et des armes. Les visées expansionnistes des chefs ou des groupes ont cherché le pouvoir et l’enrichissement par la guerre, le travail et le commerce. Souvent, ils ont colonisé et asservi d’autres populations :
Toute notre histoire a été jalonnée par des migrations provoquées par la domination guerrière des Phéniciens, des Celtes, des Barbares, des Vikings, des Turcs et des Berbères, des Mongols, des Arabes, voire des Bantous en Afrique, etc.
La civilisation s’est construite malgré tout, d’abord sur les routes commerciales du sel, du thé, de la soie, de l’ambre et de l’étain. Occasions de découvrir d’autres peuples, un monde différent non uniformisé ; un monde où circulent marchandises, personnes, argent, idées, croyances et rêves. En 1295, par exemple, Marco Polo qui fait découvrir à l’Occident le monde Asiatique. Sur ces routes, les voyageurs courageux vont aussi s’installer volontairement pour leur commerce, souvent du troc, ou forcés par les pouvoirs qui les ont envoyés.
En 1492, Christophe Colomb, puis Fernando de Magellan en 1521, nous font découvrir de nouveaux mondes.(3/48)
Les Européens vont s’y imposer par les armes et… la maladie. Au Mexique par ex, les natifs passent de 25 M à 1.5 M, en 60 ans, de 1519 à 1580. Pillages et massacres vont aussi supprimer d’inestimables richesses culturelles.
Les colons recourent aux esclaves africains pour cultiver les champs de canne à sucre. Ces migrations dites « sous silence » ont déplacé + de 11 M de personnes. La traversée de l’Atlantique sur les navires négriers dans des conditions effroyables relevait de la barbarie. Cette traite des noirs a été organisée par les Espagnols, Portugais et Français du 16ème au 19ème siècle. Une autre traite dite Orientale par les musulmans de 650 à 1920 exista surtout à l’intérieur du continent africain. Elle représentera 40% de la totalité des 42 M de déportés par ces traites infâmes atlantique et orientale. L’abolition de l’esclavage ne sera définitive en France qu’en 1848 (3/51). Pourquoi les noirs ? Les arabes ne pouvaient pas prendre un arabe en esclavage, et la controverse catholique de Valladolid (14/…) en 1551 avait dit que les Indiens d’Amériques avaient peut-être une âme, mais par contre il était certain que les noirs n’avaient pas d’âme mais étaient utiles car très résistants. L’esclavage continue dans le monde sous sa forme traditionnelle et sous des formes déguisées mais aussi indignes.
Des groupes minoritaires vont être partout chassés de leur pays: les Juifs au 15° s. par les Rois catholiques, et ce ne sera pas fini ! Les 300 000 Huguenots (3/15), (protestants de la Réforme de Calvin) après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685. Les 2 derniers conflits mondiaux, 1914-18 et 39-45, ont déplacé 100 M de personnes (3/15).
Le Mur de Berlin (5/49) a déplacé 14 M d’Allemands et 1.5 M de Polonais. La création d’Israël a attiré 2 M de Juifs et déplacé 2 M de Palestiniens ! Les chiffres ne nous font pas oublier les très grandes souffrances liées aux migrations.
Les migrants ont donc été chassés par des guerres et des persécutions.
Ma famille est aussi partie à pied sur les routes de l’exode mitraillées par l’aviation ennemie. De Paris vers la Normandie, à l’âge de 3 ans, ce ne fut pas une promenade, mais nous avons bénéficié de beaucoup de solidarité et nous avons été hébergés par une famille dans un petit village où nous étions « Les réfugiés », les étrangers de l’intérieur !
Il n’est pas dans mon sujet de proposer des solutions aux migrations. On peut dire que c’est un peu tard. Le monde aurait dû s’en préoccuper dès les premières grandes migrations. Il faut souhaiter une gouvernance mondiale (3/46) qui établisse les règles de libre circulation et les conditions de vie normales pour les migrants.

Les catastrophes naturelles, cyclones, inondations, incendies, volcanisme ici ou là.ont aussi provoqué de vastes migrations (3/168).
Et demain, le réchauffement climatique bouleversera le monde et provoquera des centaines de M de migrants. Aucun pays n’échappera à ces conséquences (3/167).
Les activités humaines sont pour une part très majoritaire à l’origine de l’augmentation (3/166) de 35% du CO2 à cause de l’utilisation des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) et de l’augmentation de 150% du méthane, à cause de l’intensification de l’agriculture et de l’élevage. Depuis 1995, chaque année, sauf une, est plus chaude que la précédente.
On sait que ces augmentations vont provoquer : (3/167-170)
- une élévation du niveau de la mer (3/167): 40 cm de + toucheraient dans tous les grands deltas du monde 200 M de personnes. On prédit 60 cm en 2100 ? On peut se tromper sur tel phénomène. L’évolution peut être plus lente, ce qui autorisera les gouvernants à ne pas bouger trop vite !...
- une raréfaction des ressources en eau (sécheresse et salinisation) 1 Md (Milliard) de personnes aujourd’hui manquent d’eau potable. Ils seraient 3 Mds en 2080 !
- de grands cyclones dévastateurs qui pourraient se produire aussi et atteindre 350 M de personnes, avec effet de désertification. Le phénomène EL NIÑO, perturbé par la nouvelle chaleur des océans, serait très grave pour la planète. De même un éventuel ralentissement du Gulf Stream à cause de la pollution venant du Mexique.
- enfin la fonte des sols gelés. Le permafrost dégelé libérera sans doute le méthane qu’il emprisonne à moins qu’on trouve d’ici-là un moyen de le récupérer.
Tous ces facteurs conjugués pourraient aboutir à l’élimination d’1 ou 2 Mds d’humains ! Le problème du surplus de population est le plus grave de nos problèmes avec le réchauffement...!

Un mot sur le Roussillon qui fut longtemps une terre de migrations volontaires mais surtout forcées. ( Cf. 4 - « Abrégé d’histoire des terres catalanes du Nord » )
Le Roussillon (4/9) a vu ses premiers habitants entre 1 M et 500 000 ans le long du Tech, de la Têt et de l’Agli. L’homme de Tautavel (13), il y a 450 000 ans s’abritait dans la Caune de l’Arago, mais s’aventurait aussi à suivre le déplacement des animaux.
Des peuples aventuriers (4/13) nous ont soumis, Ibères, Celtes, Romains, Germaniques et Barbares dont les Francs et les Wisigoths. On s’est battu, et par ex. le Comte Guifré el Pelut meurt le 11.08.897 en défendant Barcelone contre les Sarrasins (4/35).
Terre de passages, et de guerre presque continuelle, les Roussillonnais n’y ont pas eu la vie facile. Les Comtes et les Rois les déplacent à volonté comme de simples pions pour protéger une frontière par une implantation ou coloniser une place commerciale en Méditerranée. En temps de paix, les déplacements se font de la campagne vers la ville, surtout vers Perpignan. Ils se feront aussi de la montagne vers la plaine.
Et ceci sur fond noir de persécutions systématiques des Juifs et des Cathares : Un exemple du fanatisme religieux : C’est à Béziers (4/59), où il y eut 15 000 tués par les croisés de l’Inquisition. Là aussi c’est mourir ou migrer !

Cela sera le choix des Républicains espagnols qui vont franchir la frontière pyrénéenne en 1939, (250 000 réfugiés dans un département de 223 000 habitants (6/62)) et être internés dans les camps de concentration d’Argelès, de St Cyprien, du Barcarès et du Boulou. Les Pieds-Noirs (4/182) à leur tour, 20 ans après, cherchent à revenir en masse du Maghreb. Ces 2 migrations dramatiques provoqueront une augmentation de 12% de la population du Roussillon. A ceux-là, il faut ajouter les Harkis (11), manipulés et trahis, qui se sont retrouvés parqués dans des camps, oubliés de tous. Aujourd’hui, les jeunes émigrent pour chercher du travail, et les retraités viennent s’installer pour la mer et le soleil (4/182). Nombreux aussi les travailleurs manuels Espagnols, Marocains et Portugais font le déplacement pour le travail saisonnier et parfois s’y installent (4/188).

= Après cette évocation rapide des migrations, importantes hier comme aujourd’hui, et demain certainement, je me demande ce que l’on peut en dire à l’homme de 2012, individualiste et qui se laisse influencer par des peurs collectives. Ce qui ne l’empêche pas à l’occasion d’être hospitalier, doué d’empathie et solidaire ! Il est content que l’Étranger travaille pour lui, mais il ne le considère pas comme son semblable. Pourtant, nous sommes tous des frères de l’Homo Sapiens. Il n’y a pas d’autres espèces d’hommes. Les autres espèces fossiles, comme l’Homme de Neandertal, ont cohabité avec Homo Sapiens, avant de disparaître, inadaptées aux conditions climatiques, à cause aussi de leur faiblesse reproductive. Nous sommes donc tous des descendants de ces premiers Noirs, et tous aussi des descendants d’Étrangers du pays.
Il a bien tort cet Homo Sapiens de mépriser l’Étranger qui peut lui apporter son dynamisme et le remettre dans la vie du monde. La mondialisation à sa porte si l’on peut dire !

C’est vrai que la coexistence est parfois difficile. On peut avoir à supporter plus de bruit, en ville surtout, être étonné par certaines coutumes. On peut penser que les Étrangers viennent prendre le travail des Français, ou viennent pour bénéficier seulement des aides sociales. On peut avoir l’impression à certains endroits qu’ils sont trop nombreux, ou que nous ne sommes pas rassurés par leur présence. Évidemment, comme dans toutes populations, il y a des gens bien et des délinquants. (Nous avons eu nos Trabucaires (6/75) catalans, les fameux bandits du 19ème s.) Mais ne jugeons pas trop vite. Les médias matraquent les Étrangers pour vendre leur papier ou leur émission. Ils en font des épouvantails bien pratiques ! La peur de l’invasion est grotesque : 65 000 personnes/an cela fait 1/1000ème de la population ! La télé ne parle que des cités à problèmes et pas des M de réfugiés qui ne demandent qu’à vivre tranquilles et participer utilement à la vie locale.

Quant aux autorités, elles pensent parfois qu’elles ont intérêt à détourner l’attention des citoyens de questions dont elles ne veulent pas débattre avec eux, et pour ce faire, de laisser perdurer des situations anormales ou conflictuelles, et de désigner comme responsables des minorités qui ne le méritent pas ! Les Roms en ce moment ! Offrir un innocent à la vindicte publique pour l’accabler est un moyen vieux comme le monde ! « La politique migratoire actuelle vise à dissuader les plus précaires, notamment les Roms, de rester sur le territoire, quitte à mettre en danger leur vie », dit Médecins du Monde dans un rapport révélé le 20/07.

Réfléchissons un peu : L’immigration a son côté positif. Les politiques sécuritaires multiplient les lois (6 en 10 ans) et les peurs anti-migration. Cependant si de fait les migrants sont plus visibles à cause des dits « illégaux », ils ne représentent que 3% (3/3) de la population mondiale, 200 M sur 7 Mds. Les économistes de l’ONU (3/3) disent que l’immigration même illégale a des conséquences globalement positives pour le développement du pays receveur, notamment en remédiant au déclin de la population dans l’Union Européenne. 65% des descendants d’immigrés vivent en couple avec des personnes de la population majoritaire (10/157). On a estimé que la hausse de 10% de l’immigration en France, de 1962 à 1999 avait augmenté les revenus des Français de 3% (10/156), en leur permettant de grimper dans l’échelle des professions. En faisant la part des coûts et des contributions des migrants dans les comptes sociaux, l’enquête des Échos, quotidien d'information économique et financière, conclut à un bilan positif de 3.9 Mds d’Euros (10/156) ! Cet aspect positif ne diminue pas les difficultés de certaines coexistences, mais permet de juger autrement peut-être.

Michel Rocard (10/157) a raison de parler « d’imbécilité politique collective ». Vous vous souvenez du boulanger de Fernand Reynaud qui venait manger le pain des Français ! Les artistes, Brassens, Brel, Devos, Ferré, etc. ne se sont pas privés de ridiculiser notre courte vue. Ce ne sont pas les immigrés qui nous menacent, c’est la xénophobie (Xénos, étranger, et phobie, peur irrationnelle). Serait-il possible d’en finir avec les politiques binaires : eux-nous, dedans-dehors, étrangers-nationaux, cotisants-assistés, etc. ?
Ne peut-on pas donner à des M d’habitants, migrants ou Étrangers, de ce pays, la possibilité de situer leur histoire personnelle dans la grande histoire de la France afin que cette histoire personnelle y ait une place légitime, en reconnaissance de leur apport à l’émergence d’une culture pluraliste et métissée ?.
Prenons un peu de recul par rapport à ce que nous entendons. Regardons autrement.
La reconnaissance effective des différences et des atouts que cela peut représenter pour une ville ou un pays est un des enjeux majeurs de la résolution du problème des banlieues. L’identité se construit dans la reconnaissance de l’autre et de soi-même, comme une reconnaissance croisée (10/159). Dans certains endroits, ce sera plus facile à dire qu’à faire !

Observons aussi (6/151) que c’est moins de leur imitation de notre modèle social dont nous avons besoin aujourd’hui que de notre propre imitation de leur capacité de mouvement, d’initiatives, de solidarité.
Des ex : Si les jeunes maghrébins sont mobiles (6/119-121) et partent en Espagne chercher du travail sans embauche préalable, les jeunes Français partent peu et seulement après embauche.
Chez les Gitans l’accompagnement des malades est très mobilisateur (7/33-69). Ils n’hésitent pas à se déplacer loin et nombreux. Je l’ai constaté moi-même. Nous nous contentons souvent de téléphoner...
On constate aussi chez le Gitan Catalan ou Andalou un puissant mouvement d’autonomisation (7/75) des femmes, alors qu’on croyait le foyer familial bétonné. Par ex en 1972, tous les hommes et les femmes qui divorçaient retournaient selon la coutume dans leur famille parentale. En 1993, 96% des hommes faisaient de même, mais seulement 17% des femmes, lesquelles s’installaient avec leurs enfants en dehors du territoire communautaire gitan.
De même pour les jeunes Maghrébines : tenues à la maison elles y ont appris beaucoup en aidant leurs parents souvent illettrés à faire papiers et démarches administratives. L’assurance acquise leur permet plus qu’aux garçons de partir rejoindre des familles éloignées et d’échapper au mariage forcé.(6/121)
Le Gitan, véritable Étranger de l’intérieur, plus étranger que les migrants qui arrivent, dérange dans une société figée sur son territoire. Il n’est pas le marginal que nous croyons et nous avons tort de le mépriser, de lui faire vivre une véritable ségrégation sociale qui débouche immanquablement sur de la discrimination. Pourtant, il est plus ancien depuis des décennies dans le Roussillon que beaucoup de nouveaux arrivants. Il est d’ici lui aussi.

Voyons plus loin : Le monde change. Nos lois de sédentaires, nos critères de légitimité attachés aux longues présences sur nos sols, identifiés aux cultures, s’effondreront peut-être bientôt sous les nécessités des cosmopolitismes et la multiplication des circulations. L’insertion proposée aux arrivants ne correspond plus aux réalités. L’Étranger, à cheval sur des mondes, des milieux différents, n’est plus notre marginal coincé entre 2 pays ou 2 cultures. Il peut être « d’ici » et « de là-bas » sans déranger l’un et l’autre milieu. Il est capable de mobilité et de multiples stratégies culturelles et sociales, mais à distance des dispositifs actuels de l’État. Ce qui provoque incompréhension et xénophobie, de + en + présente dans notre pays.
Il est urgent de rappeler que les droits humains ne sont pas négociables, qu’ils s’appliquent à tous les êtres humains, et que la dignité des réfugiés, c’est notre dignité (12).

Qui sommes-nous donc pour mettre des familles à la rue comme à Créteil, Évry, Lille et Lyon, récemment ? Je ne défends pas les bidonvilles ! Quel genre d’hommes sommes-nous pour mettre dehors des femmes et des enfants, sans toit alors que notre propre loi nous impose de les mettre à l’abri ? Ces frères n’ont donc plus de visage humain pour nous ? Consentir aux expulsions sommaires quotidiennes et à la violence d’État, c’est ne plus reconnaître qu’ils sont humains comme nous. Comment accepter de renvoyer dans leur pays des gens qui y trouveront maltraitance et mort presque certaine ?
Il faut que l’Étranger n’ait pas de visage, ou que son visage nous soit présenté comme un symbole du mal, un ennemi, au point que nous soyons devenu insensibles, face à lui, insensibles au point de ne plus le voir, de l’effacer de la communauté humaine. Pourquoi ? Par peur de lui, de sa vie. On le déshumanise déjà en le reléguant comme Étranger, et en lui refusant certaines modalités majeures de l’humanisation, comme l’accès à un travail légal, l’accès à des papiers, l’accès à un logement, l’accès à une nationalité, à une citoyenneté politique. On le déshumanise aussi par peur du mélange ; par peur que sa sensibilité empiète sur la nôtre, par peur d’être ébranlé par lui, transformé par l’Autre qu’il est, ou absorbé par lui ? Certes, notre avenir passera sans doute par la cohabitation et le métissage, comme nous enseigne l’histoire. Aux États-Unis, nation d’immigrants, en 2042, on prévoit que les minorités (1/3 de la population) noires, latinos et asiatiques seront majoritaires. Ainsi va le monde !

= Je terminerai par une sorte de réflexion personnelle. En fait, il y a 2 altérités, 2 Étrangers : celui que je crée négativement en le désignant « C’est l’Étranger » dit-on, et celui de l’Étranger qui est en moi, et qui pourrait me permettre d’être ouvert aux Étrangers de l’extérieur. L’altérité est aussi en nous. L’Étranger, les étrangers qui sont en moi (Socrate nous invitait à les découvrir : « Connais-toi toi-même ») je dois les connaître et les accepter. Nous sommes plusieurs en nous, multiples et disparates, à l’origine d’identités diverses et possibles, lesquelles, à l’occasion, vont exprimer un des aspects de notre personnalité dans l’art par ex. Une peinture peut n’exprimer qu’une partie de nous. Accepter la multiplicité de notre vie psychique, c’est un petit pas vers un grand contact peut-être avec les Étrangers extérieurs.
Vivre la fraternité entre nous et avec tous ceux qui partagent notre vie de près ou de loin : on est loin du compte. Aujourd’hui, on peut dire la même chose à propos de l’immigré aussi. C’est un frère malheureux, souvent dans la détresse qui me demande de le secourir et de le défendre.
Il est difficile d’énumérer ici tout ce qu’il serait possible de faire
. Vous avez compris, que l’Étranger dont je parle c’est aussi l’Autre, notre voisin, notre compagnon. Nous ne sommes pas un bloc monolithique en face de lui, mais une multitude de possibilités d’échanges. A nous de les tenter. C’est aussi vrai pour le migrant et l’Étranger qui ont aussi une multitude de possibilités de comprendre, de s’adapter. Il y a peut-être un aspect qui nous rebute, mais il y en a d’autres à découvrir et à utiliser pour créer l’échange et la vie. » C.D.

Ouvrages consultés : (La référence dans le texte comprend le N° de l’ouvrage cité ci-dessous / et le N° de la page)

N° 1 - Le grand atlas historique de Georges DUBY (Larousse 1999)
2 - L’atlas de l’histoire de France (Ouest-France 2012)
3 - L’Atlas des migrations (La Monde - Hors Série 2008-2009) N° M 08954
4 - Abrégé d’histoires des terres catalanes du Nord d’Alicia MARCET I JUNCOSA (Trabucaires 2009)
5 - Atlas géopolitique et culturel (Petit Robert des noms propres 2004)
6 - Migrations d’hier et d’aujourd’hui en Roussillon de Raymond SALA et Alain TARRIUS Trabucaires 2000)
7 - Gitans et santé, de Barcelone à Turin de Lamia MISSAOUI (Trabucaires 1999)
8 - L’immigration de Violette DAGUERRE (La Cygne 2010)
9 - Dedans, dehors, la condition de l’étranger de Guillaume LE BLANC (Le Seuil 2010)
10 - Hommes et Migrations (Cité nationale de l’histoire de l’immigration - Mi-juin 2012) N° 1297
11 - Harkis : Les camps de la honte de Marguerite AROLES (Vidéo)
12 - Amnesty International France - Geneviève GARRIGOS, présidente.
13 - Musée de Tautavel de Jacques PERNAUD (Centre Européen de Préhistoire 2006) www.tautavel.com
14 - La controverse de Valladolid de Jean-Claude CARRIERE (Pocket 1992) N° 4689
-----



Si vous êtes intéressés : Cf 3 - RESSOURCES Migrations : Bibliographie p 184-185
- La question de l’emploi et du séjour des Roms en France de Migration Conseil du 26/08
- Médecins du Monde
- Commission sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration- Le Rapport Mazeaud (07/2008) retoquait, avec des arguments imparables, toute idée de quotas migratoires, les jugeant irréalisables, sans intérêt et même anticonstitutionnels
- Petit guide pour lutter contre les préjugés sur les migrants (Edition 2011)| Petit guide pour comprendre les migrations internationales (2009) La Cimade
- Fin de siècle incertaine à Perpignan d’Alain TARRIUS ( Ed. Trabucaires 1999)
- Liberté de circulation : un droit, quelles politiques - Avec le GISTI, changer le regard sur l’immigration (janvier 2011, 164 pages, 10 €)
- Évacuation de camps de ROMS : Créteil, Évry, Lille et Lyon - + Villeneuve-le-Roi,
- Roms et Tsiganes, par Jean-Pierre Liégeois (coll. Repères, éd. La Découverte, 2009, 125 p., 9,50 euros.)
- Ex. de vindicte publique. Peur publique : Ne souriez pas trop !!!
- Fernand Raynaud : Le pain des Français
* 100 témoins 100 écoles : 2011/2012... toujours dans le cadre des témoignages de migrants devant les lycéens et collégiens, nous cherchons de nouveaux volontaires qui souhaitent venir narrer leurs parcours de vie devant les jeunes scolarisés. http://www.parolesdhommesetdefemmes.fr/
Fréderic PRAUD - frederic.praud@wanadoo.fr - · parolesdhommesetdefemmes@orange.fr - 06.32.53.16.06
# 26/05/2013 à 11:45 escorte girl oise (site web)
Ça vaut bien le lire. J'ai trouvé www.societe - solidaire.fr très instructif que j'ai fait des recherches beaucoup ces derniers temps sur des questions pratiques telles que vous parlez ...
Répondre à ce message
Code incorrect ! Essayez à nouveau