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L'interview politique : un exercice démocratique, pas un service de communication

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La polémique récurrente sur la manière dont les journalistes interrogent les responsables politiques révèle souvent un malentendu sur la nature même de l'interview.

 

Certains téléspectateurs reprochent aux journalistes d'être trop agressifs, d'interrompre leurs invités ou d'aborder des sujets jugés secondaires. D'autres considèrent au contraire que les questions ne sont pas assez incisives. Derrière ce débat sur la forme se cache en réalité une question plus fondamentale : à quoi doit servir une interview politique ?

Un responsable politique n'est pas un invité ordinaire

Contrairement à ce que l'on entend parfois, un responsable politique n'est jamais contraint de participer à une émission. Il accepte une invitation en connaissance de cause. Il connaît généralement le journaliste qui l'interrogera, le format de l'émission et le public auquel il s'adresse.

Sa présence répond d'ailleurs à une logique parfaitement compréhensible : faire connaître ses propositions, défendre son bilan ou promouvoir sa candidature. Comme tout communicant, il souhaite mettre en avant les thèmes qui lui sont favorables et éviter ceux qui pourraient fragiliser son message.

Cette démarche n'a rien de condamnable. Elle correspond à la logique même de la communication politique.

Des publics différents, des attentes différentes

Lorsqu'un candidat intervient devant un congrès patronal, il parlera principalement d'économie, d'investissement, de fiscalité ou d'emploi. Face à des représentants du monde éducatif, il développera ses propositions concernant l'école, la formation, l'accompagnement des élèves ou l'usage du numérique.

Dans ces circonstances, l'auditoire partage un centre d'intérêt commun. Les attentes sont ciblées et les échanges portent naturellement sur un domaine précis.

L'interview télévisée ou radiophonique répond à une logique totalement différente.

Le journaliste ne représente pas une catégorie professionnelle, un groupe d'intérêt ou une association. Il s'adresse à l'ensemble des citoyens. Son rôle est donc d'explorer des sujets variés qui concernent la collectivité dans son ensemble.

C'est pourquoi une même interview peut passer du pouvoir d'achat à la sécurité, puis de l'éducation à la politique étrangère ou à la santé publique.

Du coq à l'âne... ou une vision globale ?

Cette diversité thématique est parfois critiquée. Certains y voient une succession de sujets sans lien apparent, empêchant le responsable politique de développer sa pensée.

Pourtant, cette critique ne tient que si l'on considère chaque politique publique comme un domaine isolé.

Or, dans la réalité, tout est lié.

Les choix éducatifs influencent la qualification de la main-d'œuvre. L'emploi conditionne les recettes fiscales. Les finances publiques déterminent les capacités d'investissement de l'État. Les politiques migratoires, énergétiques ou industrielles produisent elles aussi des effets sur de nombreux autres secteurs.

La complexité de nos sociétés rend impossible une approche strictement cloisonnée des problèmes publics.

Passer d'un sujet à l'autre n'est donc pas nécessairement une dérive médiatique. C'est parfois la seule façon d'évaluer la cohérence globale d'un projet politique.

Informer ou promouvoir ?

C'est ici que se situe le véritable enjeu démocratique.

Une interview politique n'est pas un meeting. Elle n'a pas vocation à offrir une tribune libre permettant au candidat de dérouler son argumentaire sans contradiction.

Le journaliste remplit une mission différente. Il doit questionner, vérifier, confronter les déclarations aux faits, mettre en lumière les incohérences éventuelles et explorer les conséquences des propositions avancées.

Cette exigence peut parfois créer de la tension. Elle peut donner l'impression d'une interruption ou d'une insistance excessive. Pourtant, elle constitue l'une des garanties du débat démocratique.

Sans ce travail de contradiction, l'interview deviendrait une simple opération de communication.

Une exigence à partager

Cela ne signifie pas que toutes les pratiques journalistiques sont irréprochables. Le sensationnalisme, la recherche du buzz ou la focalisation sur l'anecdote peuvent parfois appauvrir le débat public.

Mais l'enjeu principal reste ailleurs.

La démocratie a besoin de responsables politiques capables de défendre leurs idées face à des questions parfois inconfortables. Elle a également besoin de journalistes capables de dépasser les éléments de langage pour explorer les implications réelles des projets proposés.

La qualité du débat public ne dépend donc pas seulement du ton employé ou du style de l'intervieweur. Elle dépend surtout de notre capacité collective à accepter la confrontation des idées et l'examen critique des propositions.

La véritable question n'est peut-être pas : comment faut-il interviewer les politiques ?

Elle est plutôt : voulons-nous des interviews qui permettent aux candidats de parler, ou des interviews qui permettent aux citoyens de comprendre ?

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