societe solidaire

Agriculture : le problème est-il le montant des aides ou notre modèle de soutien ?

0

À la lecture de l'article de France Info  (1) consacré au milliard d'euros annoncé par le gouvernement pour répondre à la crise agricole, une question revient inlassablement : les aides sont-elles suffisantes ?

 

 Mais peut-être posons-nous la mauvaise question.

Depuis des décennies, chaque crise agricole appelle la même réponse : davantage d'aides. Pourtant, malgré l'accumulation des dispositifs nationaux et européens, les difficultés persistent. Le malaise agricole demeure, les installations restent insuffisantes, les transmissions sont compliquées et de nombreux exploitants continuent de vivre avec des revenus fragiles. 

Il est donc légitime de s'interroger : le problème réside-t-il réellement dans le volume des aides ou dans la manière dont elles sont conçues ?

Une politique pensée pour soutenir les exploitations

La Politique Agricole Commune (PAC) est née dans un contexte particulier : celui de l'après-guerre et de la nécessité d'assurer l'autosuffisance alimentaire européenne. Son objectif était de sécuriser la production agricole et les revenus des exploitants. 

Aujourd'hui encore, une part importante des aides est calculée en fonction des surfaces exploitées. Cette logique présente un avantage : elle est simple à administrer et offre une certaine stabilité financière aux exploitations. 

Cependant, elle soulève une question fondamentale : une aide versée à l'hectare renforce-t-elle réellement notre souveraineté alimentaire ?

Posséder davantage de terres ne signifie pas nécessairement produire davantage de valeur, employer davantage de personnes ou répondre mieux aux défis agricoles contemporains.

La souveraineté alimentaire ne pousse pas dans les chèques

L'alimentation est un enjeu stratégique. Personne ne le conteste.

Mais les cultures ne poussent pas parce que l'on verse une subvention. Elles poussent grâce à l'eau, aux sols, à la recherche, aux infrastructures, à la transmission des savoir-faire, à l'accès au foncier et à la capacité des exploitants à investir sur le long terme.

Cela amène à distinguer deux types d'action publique :

  • le soutien au revenu ;
  • l'investissement dans les conditions de production.

Or, une partie des leviers les plus déterminants ne devrait peut-être pas relever d'aides directes aux exploitants, mais d'investissements collectifs :

  • gestion de l'eau ;
  • recherche agronomique ;
  • sélection variétale ;
  • lutte contre les maladies ;
  • infrastructures de stockage ;
  • formation agricole ;
  • accompagnement des transmissions.

Ces domaines relèvent davantage d'une politique publique de long terme que d'une logique de subvention ponctuelle.

Aider les personnes ou aider le système ?

Le débat mérite également d'être élargi.

Dans la plupart des secteurs économiques, les aides publiques sont souvent liées à l'investissement, à l'innovation ou à des difficultés économiques identifiées.

Pourquoi l'agriculture devrait-elle être exclusivement pensée autour d'un soutien lié à la surface exploitée ?

Une autre approche pourrait consister à distinguer :

  • les infrastructures, relevant de l'État ;
  • les règles du jeu économiques et foncières ;
  • le soutien aux revenus lorsqu'ils deviennent insuffisants.

Une telle logique rapprocherait l'agriculture d'une forme de revenu contributif : la collectivité ne rémunérerait pas la possession d'hectares mais la contribution effective à une mission d'intérêt général.

Changer la question

Le milliard annoncé aujourd'hui sera peut-être utile à court terme.

Mais la véritable question n'est pas de savoir si ce milliard est suffisant.

La véritable question est de savoir si notre modèle de soutien répond encore aux défis du XXIe siècle :

  • renouvellement des générations ;
  • adaptation climatique ;
  • préservation des sols ;
  • souveraineté alimentaire ;
  • vitalité des territoires ruraux.

Tant que nous réfléchirons principalement en termes de montants d'aides, nous risquons d'ignorer une interrogation plus fondamentale :

comment construire un système agricole durable où la production repose moins sur des transferts financiers permanents et davantage sur des infrastructures solides, une recherche ambitieuse, des règles équitables et une juste reconnaissance du travail agricole ?

C'est peut-être là que devrait commencer le débat.

 

 

Sources

(1) https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/les-aides-ne-sont-jamais-a-la-hauteur-le-milliard-annonce-par-le-gouvernement-pour-repondre-a-la-crise-agricole-juge-insuffisant-par-le-secteur_8177024.html

Bilan PAC 2022-2023 https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Pri2505/Primeur2025-5-Bilan-PAC-Fiche-France-metropolitaine_v2.pdf

La PAC : paiements directs découplés - https://agriculture.gouv.fr/les-paiements-directs-decouples

Ajouter un commentaire

Anti-spam