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La France face à l'incertitude : gouverner sans tout savoir

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Nous vivons une époque paradoxale. Jamais les citoyens n'ont eu accès à autant d'informations, et pourtant l'incertitude n'a jamais semblé aussi grande. Chaque jour apporte son lot d'analyses, de déclarations, de rapports et de commentaires.

Pourtant, lorsqu'il s'agit des sujets les plus stratégiques, ceux qui engagent l'avenir de la nation pour plusieurs décennies, une grande partie des informations reste inaccessible au public. Les négociations diplomatiques se déroulent à huis clos, les arbitrages militaires sont rarement rendus publics dans leur intégralité, les discussions entre chefs d'État ne sont connues que par fragments et les véritables rapports de force n'apparaissent souvent qu'après coup.

Cette réalité pose un défi majeur à toute réflexion présidentielle. Comment bâtir un programme pour la France lorsque l'on ne connaît qu'une partie des cartes présentes sur la table ? Faut-il attendre d'avoir toutes les réponses avant d'agir ? Ce serait une erreur. Car l'histoire montre que les nations qui attendent de tout savoir avant de décider finissent généralement par subir les choix des autres.

En réalité, gouverner n'a jamais consisté à prédire l'avenir avec certitude. Gouverner consiste à prendre des décisions dans un contexte d'incertitude permanente. Le général de Gaulle ne connaissait pas le monde des années 1980 lorsqu'il définissait sa politique industrielle dans les années 1960. Les bâtisseurs de l'Europe d'après-guerre ne savaient pas ce que deviendrait le continent cinquante ans plus tard. Pourtant ils ont pris des décisions structurantes parce qu'ils avaient identifié des intérêts nationaux et des objectifs de long terme.

La question n'est donc pas de savoir ce qui se prépare exactement dans chaque réunion internationale, dans chaque sommet ou dans chaque groupe de travail. La véritable question est de déterminer ce dont la France aura besoin quels que soient les scénarios futurs.

Aura-t-elle besoin d'une énergie abondante et accessible ? Certainement. Aura-t-elle besoin d'une industrie capable de produire sur son territoire ? Sans aucun doute. Aura-t-elle besoin d'une agriculture solide, d'une défense crédible, d'infrastructures résilientes, d'une recherche performante et d'alliances diversifiées ? Là encore, la réponse ne fait guère de doute.

L'erreur serait de construire une stratégie nationale sur une seule hypothèse. Si l'avenir correspond à nos prévisions, tout va bien. Mais si cette hypothèse s'effondre, c'est l'ensemble de la politique qui s'écroule avec elle. Au contraire, une stratégie robuste est une stratégie qui demeure pertinente même lorsque l'on s'est trompé sur une partie des évènements à venir.

C'est particulièrement vrai pour les relations avec l'Union européenne. La France ne peut pas se contenter d'espérer que les équilibres actuels seront éternels. Les rapports de force évoluent, les coalitions se créent, d'autres disparaissent, de nouveaux centres de décision émergent. Dans cet environnement mouvant, la France doit conserver sa capacité à dialoguer avec l'ensemble de ses partenaires européens tout en développant des coopérations plus étroites lorsqu'elles servent ses intérêts stratégiques.

Cette logique ne relève ni du repli ni de la méfiance. Elle relève simplement de la prudence. Une nation libre est une nation qui dispose de plusieurs options. Plus un pays dépend d'une seule source d'énergie, d'un seul fournisseur, d'un seul partenaire économique ou d'un seul allié politique, plus il devient vulnérable.

Préparer l'avenir de la France ne consiste donc pas à prétendre connaître les secrets des chancelleries ou les détails des discussions diplomatiques qui échappent au regard du public. Cela consiste à renforcer ce qui donne au pays sa capacité d'action : son économie, son industrie, son savoir-faire, sa cohésion nationale, sa sécurité, ses alliances et sa résilience.

Au fond, le rôle d'un programme présidentiel n'est pas de promettre qu'il saura ce que sera le monde dans dix ou vingt ans. Personne ne le sait. Son rôle est beaucoup plus ambitieux : permettre à la France de rester maîtresse de son destin quel que soit le monde qui émergera.

C'est peut-être cela, aujourd'hui, la véritable définition de la souveraineté : non pas contrôler l'avenir, mais être suffisamment préparé pour pouvoir y faire face.

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