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La majorité présidentielle n'est pas une majorité

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À chaque élection présidentielle, le même scénario se reproduit. Le candidat élu reçoit l'onction des urnes, obtient une majorité des suffrages exprimés au second tour et accède à la magistrature suprême. Juridiquement, sa légitimité est incontestable. Pourtant, politiquement et démocratiquement, la situation est plus complexe.

Car la majorité qui permet d'élire un président n'est souvent pas une véritable majorité d'adhésion.

Dans de nombreuses élections présidentielles, une partie importante des électeurs ne vote pas pour un candidat parce qu'elle soutient son projet, mais parce qu'elle refuse celui de son adversaire. Le bulletin devient alors un vote de précaution, un vote de barrage ou un vote stratégique. Le président élu obtient bien plus de 50 % des voix exprimées, mais une partie de ces voix ne constitue pas un soutien réel à sa politique.

À cela s'ajoutent les abstentionnistes, les votes blancs et les votes nuls. Au final, le président peut être élu avec une majorité des suffrages exprimés tout en ne représentant directement qu'une minorité du corps électoral. Cette réalité ne remet pas en cause la légalité de son élection, mais elle explique pourquoi tant de citoyens ont le sentiment de ne pas être représentés.

Nous continuons pourtant à parler de « majorité présidentielle » comme si le pays avait clairement choisi une direction unique. Ce n'est généralement pas le cas. La France est composée d'opinions diverses, parfois contradictoires, qu'une élection ne fait pas disparaître. Le scrutin désigne un arbitre, il ne crée pas automatiquement un consensus national.

C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles les présidents rencontrent autant de difficultés à se faire entendre. Une partie de leurs électeurs attend autre chose que ce qu'ils mettent en œuvre. Une partie de leurs opposants considère qu'ils ne disposent d'aucun mandat moral pour gouverner. Et une partie des citoyens ne se reconnaît dans aucun des grands blocs politiques. Le président se retrouve alors investi d'un pouvoir considérable, mais porté par une base d'adhésion souvent plus fragile qu'il n'y paraît.

Cette situation révèle peut-être une confusion fondamentale : nous avons pris l'habitude de considérer qu'une majorité électorale équivaut à une majorité politique. Or les deux notions sont différentes. Un résultat électoral permet de trancher une compétition. Il ne suffit pas à créer l'unité du pays.

La véritable question démocratique n'est donc pas seulement de savoir qui gagne l'élection. Elle est de savoir comment gouverner un peuple qui demeure profondément pluraliste après le vote. Tant que l'on considérera l'élection comme la victoire d'un camp sur un autre, chaque président sera confronté au même problème : disposer de la légitimité des institutions sans toujours bénéficier de l'adhésion de la nation.

Peut-être faut-il alors changer de perspective. La mission d'un président ne serait plus d'appliquer le programme de la majorité supposée qui l'a élu, mais de rechercher en permanence les points d'équilibre permettant de rassembler les différentes sensibilités du pays. L'élection désignerait celui qui conduit le dialogue national, non celui qui impose la volonté d'un camp.

C'est là toute la différence entre la logique de la majorité et celle de la démocratie. Une majorité permet de décider. Une démocratie durable cherche à faire accepter la décision au plus grand nombre sans écraser ceux qui pensent autrement. C'est sans doute ce défi, plus que l'élection elle-même, qui explique la difficulté croissante de gouverner les démocraties modernes.

 

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