Alors on annonce une nouvelle réforme, une nouvelle circulaire, un nouveau plan d'urgence. Pourtant, année après année, les mêmes difficultés reviennent.
Peut-être parce que l'on refuse de poser la véritable question.
Comment demander à un établissement d'être responsable de sa réussite lorsqu'il ne choisit pas les femmes et les hommes qui vont la construire ?
Aujourd'hui, un principal ou un proviseur est jugé sur le fonctionnement de son établissement, sur les résultats des élèves, sur le climat scolaire, sur sa capacité à porter un projet éducatif. Pourtant, il ne décide pratiquement pas de la composition de son équipe pédagogique. Les enseignants sont affectés selon des règles nationales, souvent très éloignées des réalités quotidiennes de l'établissement.
Nous avons ainsi créé un système étrange où celui qui doit répondre des résultats n'a pas les moyens d'agir, tandis que celui qui prend les décisions n'en subit pas directement les conséquences.
Cette organisation pouvait se comprendre dans une France où tout se décidait depuis le sommet de la pyramide administrative. Mais lorsque les situations deviennent aussi différentes d'un territoire à l'autre, elle montre ses limites.
Car un lycée professionnel implanté au cœur d'un bassin industriel n'a pas les mêmes besoins qu'un établissement rural isolé ou qu'un lycée de centre-ville. Les élèves, les familles, les attentes et parfois même les difficultés n'ont rien de comparable. Pourtant, nous continuons à gérer cette diversité depuis une administration centrale comme si tous les établissements étaient identiques.
La proposition est finalement assez simple.
Les programmes resteraient nationaux. Les diplômes resteraient nationaux. Les qualifications des enseignants resteraient nationales. Les concours resteraient nationaux. L'État continuerait d'assurer son rôle de garant de l'égalité républicaine et les chefs d'établissement continueraient d'être nommés par les rectorats.
Rien de tout cela ne serait remis en cause.
Ce qui changerait, c'est la capacité des établissements à constituer eux-mêmes leurs équipes.
Un enseignant souhaitant exercer dans un lycée ou un collège pourrait candidater auprès des établissements qui correspondent à son projet professionnel. Le recrutement serait réalisé localement par le chef d'établissement entouré d'une commission associant des enseignants, des représentants des parents et, lorsque cela est pertinent, des représentants du territoire.
Autrement dit, ceux qui vont travailler ensemble pourraient enfin se choisir.
Cela paraît presque banal dans toutes les autres organisations. Les universités recrutent leurs enseignants. Les collectivités recrutent leurs agents. Les associations recrutent leurs salariés. Les entreprises recrutent leurs collaborateurs.
Mais lorsqu'il s'agit de l'Éducation nationale, l'idée continue de susciter des résistances comme si la confiance dans le terrain constituait un danger.
Pourtant, c'est peut-être exactement l'inverse.
Car le système actuel traite souvent les enseignants comme des variables administratives que l'on déplace sur une carte. Un jeune professeur peut être envoyé à plusieurs centaines de kilomètres de son domicile sans l'avoir réellement choisi. Dans le même temps, certains établissements accumulent les départs, les postes vacants et les difficultés de recrutement sans pouvoir agir.
Personne n'est véritablement satisfait et pourtant le système demeure.
Permettre aux établissements de recruter redonnerait une part de liberté à chacun. Les enseignants retrouveraient davantage de maîtrise de leur parcours professionnel. Les établissements pourraient construire des équipes cohérentes autour d'un projet éducatif partagé. Les territoires pourraient valoriser leurs spécificités et leurs besoins propres.
L'objectif n'est pas de mettre les écoles en concurrence permanente. L'objectif est de favoriser la rencontre entre des équipes et des enseignants qui ont envie de travailler ensemble.
Car une équipe éducative ne se résume pas à une addition de compétences. C'est aussi une culture commune, une vision partagée, une dynamique collective. Or cette cohérence ne se décrète pas depuis un bureau. Elle se construit sur le terrain.
Bien entendu, davantage d'autonomie ne peut exister sans davantage de responsabilité.
Un établissement qui recrute ses enseignants ne pourrait plus expliquer toutes ses difficultés par des décisions venues d'en haut. En contrepartie de cette liberté, il devrait rendre compte de ses résultats, de la stabilité de ses équipes, de son climat scolaire, de la réussite de ses élèves et de la qualité de sa gestion.
L'autonomie n'est pas l'absence de contrôle.
C'est l'inverse.
C'est accepter que ceux qui disposent du pouvoir assument également les conséquences de leurs choix.
Les critiques les plus fréquentes portent sur le risque de favoritisme ou de clientélisme. Cette inquiétude est légitime. Mais elle n'est pas une raison pour refuser toute évolution.
Des procédures transparentes, des jurys pluralistes, le maintien de qualifications nationales, des possibilités de recours et un contrôle des rectorats constituent autant de garde-fous capables de limiter ces dérives.
Le véritable débat n'oppose donc pas l'autonomie au contrôle. Il oppose deux conceptions de l'organisation publique.
La première considère que l'on ne peut faire confiance qu'à l'administration centrale.
La seconde estime que ceux qui vivent les problèmes au quotidien sont souvent les mieux placés pour les résoudre.
Au fond, la question est celle de la responsabilité. Depuis des années, nous avons construit un système où les décisions sont éloignées du terrain et où les responsabilités sont dispersées entre de multiples acteurs. Résultat : lorsqu'un problème apparaît, chacun peut expliquer qu'il n'est pas réellement de son ressort.
Or une institution fonctionne mieux lorsque le pouvoir de décision et la responsabilité sont réunis au même endroit.
L'enjeu n'est donc pas de privatiser l'école ni de remettre en cause l'Éducation nationale. L'enjeu est de sortir d'un modèle où plus personne ne sait réellement qui décide de quoi.
L'école de demain devra probablement conserver un cadre national fort tout en donnant davantage de liberté d'action aux établissements. Non pas pour rompre l'égalité républicaine, mais pour la rendre plus efficace.
Car à force de vouloir tout diriger depuis le sommet, nous avons parfois oublié une évidence : ceux qui connaissent le mieux une école sont souvent ceux qui y travaillent chaque jour.
Et si la première réforme consistait simplement à leur faire confiance ?
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