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Gouverner avec le peuple suppose un devoir oublié : la responsabilité

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Depuis plusieurs années, le débat public est largement centré sur les droits. Droit au logement, droit à la santé, droit à l'éducation, droit à la sécurité, droit à l'information. Cette évolution est compréhensible. Une démocratie doit protéger les libertés individuelles et garantir à chacun la possibilité de vivre dignement.

Pourtant, à force de ne parler que des droits, nous avons progressivement relégué au second plan une notion tout aussi essentielle : la responsabilité.

Cette disparition n'est pas sans conséquence. Elle modifie notre rapport à la citoyenneté, à la liberté et finalement à la démocratie elle-même.

À chaque fait divers ou presque, les mêmes explications reviennent. La société est responsable. L'école est responsable. Les parents sont responsables. Le quartier est responsable. Les réseaux sociaux sont responsables. Les circonstances sont responsables. Tout le monde semble l'être, sauf celui qui a commis l'acte.

Bien sûr, l'être humain n'existe pas hors de son environnement. Nos familles, notre éducation, notre condition sociale ou les événements de notre vie nous influencent. Nier cette réalité serait absurde. Mais l'inverse l'est tout autant. Car si nos actes ne sont que le produit de facteurs extérieurs, alors la responsabilité individuelle disparaît. Et avec elle, la liberté.

Une société libre repose pourtant sur une idée simple : chaque citoyen reste capable de choisir entre plusieurs comportements possibles. Ces choix ne sont jamais parfaits. Ils sont parfois difficiles. Ils sont souvent influencés. Mais ils existent. C'est précisément parce que nous sommes libres que nous pouvons être tenus pour responsables.

Cette responsabilité était autrefois davantage affirmée. Les fameuses leçons de morale à l'école ne transformaient pas tous les enfants en citoyens exemplaires. Elles ne faisaient pas disparaître la délinquance ni les erreurs humaines. Mais elles avaient une fonction fondamentale : rappeler explicitement ce qui était attendu de chacun. On pouvait ensuite respecter ou transgresser ces règles, mais personne ne pouvait prétendre ignorer leur existence.

Aujourd'hui, nous sommes parfois passés d'une culture de la responsabilité à une culture de l'explication. Comprendre est devenu plus important que juger. Cette démarche est utile lorsqu'elle permet de prévenir les difficultés ou de mieux accompagner les personnes. Elle devient problématique lorsqu'elle conduit à excuser systématiquement les comportements.

Comprendre n'est pourtant pas excuser.

Un jeune peut avoir grandi dans un contexte difficile. Cela explique certaines fragilités. Mais cela ne transforme pas automatiquement un vol en acte légitime. Un adulte peut être sous pression. Cela explique son comportement. Cela n'efface pas ses responsabilités. À vouloir supprimer toute forme de responsabilité individuelle, nous finissons par priver chacun de sa capacité d'agir et de ses devoirs envers la collectivité.

Cette question est particulièrement importante lorsqu'on parle de démocratie participative et de gouvernance avec le peuple. Beaucoup réclament davantage de consultation, davantage de participation citoyenne, davantage d'implication dans les décisions publiques. Cette aspiration est légitime. Mais elle comporte une contrepartie trop rarement évoquée.

On ne peut pas gouverner avec un peuple que l'on considère comme irresponsable.

Si le citoyen est suffisamment compétent pour participer aux décisions collectives, alors il doit aussi être capable d'assumer une part de responsabilité dans leurs conséquences. Les droits et les devoirs forment un même ensemble. L'un ne peut survivre durablement sans l'autre.

La véritable citoyenneté ne consiste pas seulement à réclamer ce que la Nation nous doit. Elle consiste aussi à se demander ce que nous devons à la Nation et à nos concitoyens. Respecter la loi, participer à la vie publique, s'informer, reconnaître ses erreurs, assumer les conséquences de ses actes, contribuer selon ses moyens à l'intérêt général : voilà les fondements d'une démocratie vivante.

À force d'oublier cette dimension, nous avons parfois transformé le citoyen en simple usager des services publics ou en consommateur d'action politique. Il exige, revendique, critique, parfois avec raison. Mais il ne se perçoit plus toujours comme copropriétaire de la cité.

Or gouverner avec le peuple suppose précisément l'inverse. Cela suppose un peuple adulte, capable de libertés mais aussi de devoirs. Un peuple qui ne se contente pas de demander des comptes aux gouvernants, mais qui accepte également de s'en rendre à lui-même.

La démocratie n'est pas seulement le pouvoir du peuple. Elle est aussi la responsabilité du peuple. Sans cette responsabilité, les droits deviennent des revendications permanentes. Avec elle, ils redeviennent ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être : l'expression d'une liberté assumée.

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