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Le déclin du syndicalisme : une crise du dialogue social ou une crise du collectif ?

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On attribue souvent le déclin syndical soit au manque de dialogue social, soit aux réseaux sociaux, soit à la précarisation du travail. Ces facteurs existent, mais ils n'expliquent sans doute pas l'essentiel.

La baisse de l'adhésion syndicale est bien antérieure à Internet et même aux réseaux sociaux. 

Le problème de fond est peut-être que les syndicats sont nés dans une société où l'individu était intégré à des collectifs forts : famille, paroisse, village, métier, usine, quartier. L'identité collective était naturelle. On était ouvrier, mineur, cheminot, instituteur. L'appartenance précédait souvent l'individu.

Or depuis cinquante ans, toutes les institutions collectives connaissent une érosion : partis politiques, syndicats, associations, Églises, mutuelles militantes. Les syndicats ne sont donc pas un cas isolé. Ils subissent la même évolution sociologique que le reste de la société.

L'individualisme joue probablement un rôle majeur. Beaucoup de salariés raisonnent désormais en termes de parcours personnel plutôt que de destin collectif. Ils cherchent à négocier leur salaire, leur télétravail, leur évolution professionnelle ou leur reconversion à titre individuel. Là où l'on pensait autrefois « notre condition », on pense davantage « ma situation ».

Paradoxalement, le besoin de protection n'a pourtant pas diminué. Les salariés continuent à réclamer des garanties sur les salaires, les retraites, la santé ou les conditions de travail. Mais ils attendent souvent que d'autres les défendent sans forcément adhérer. C'est le phénomène du « passager clandestin » : on bénéficie des acquis obtenus collectivement sans participer à leur financement ou à leur construction.

On peut également s'interroger sur la transformation du travail lui-même. Les grandes concentrations ouvrières ont disparu au profit d'une multitude de PME, du télétravail, des plateformes numériques et des parcours professionnels fragmentés. Il est beaucoup plus facile d'organiser un syndicat dans une usine de 5 000 salariés que parmi des milliers de travailleurs dispersés.

Enfin, les syndicats souffrent peut-être d'un problème de représentation. Beaucoup de salariés ne se reconnaissent plus dans des organisations perçues comme appartenant à un monde industriel ou idéologique révolu. Ce n'est pas forcément un rejet du syndicalisme, mais une remise en cause de ses formes traditionnelles.

C'est d'ailleurs ce qui rend intéressante la réforme britannique évoquée dans l'article. Le gouvernement de Keir Starmer cherche à faciliter l'accès des syndicats aux entreprises afin de recréer du lien avec les salariés. Mais si la cause profonde est culturelle et sociologique, la réponse juridique ne suffira peut-être pas. On peut donner davantage de droits aux syndicats, mais on ne recrée pas automatiquement le sentiment d'appartenance collective. 

Et c'est peut-être là que se situe le véritable défi du XXIᵉ siècle : non pas seulement renforcer les institutions collectives, mais redonner aux individus l'envie de participer à une aventure commune. Car sans ce sentiment d'appartenance, aucun syndicat, aucun parti politique, aucune association ne pourra durablement mobiliser des adhérents, quels que soient les droits que la loi leur accorde.

Source et référence

Le Parlement britanique fait avancer un projet de loi visant à renforcer les droits des travailleurs à s'organiser et à négocier

https://www.uni-europa.org/fr/news/uk-parliament-advances-bill-to-strengthen-workers-rights-to-organise-and-bargain/

https://podcast.fr/episode/au-royaume-uni-une-reforme-du-droit-syndical-qui-fait-peur-aux-entreprises/

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