À écouter ces revendications, une conclusion s'impose : les citoyens expriment déjà leurs besoins.
Contrairement à ce que l'on entend parfois, le problème démocratique n'est pas l'absence de participation. Les besoins remontent en permanence du terrain. Ils s'expriment dans les manifestations, les syndicats, les associations, les élections, les pétitions ou encore par l'intermédiaire des élus locaux.
Le véritable problème est ailleurs.
Personne ne semble réellement chargé de transformer cet ensemble de revendications en une hiérarchie cohérente de priorités nationales.
Car un budget n'est pas seulement un document comptable. C'est un outil d'arbitrage. Lorsqu'un pays ne peut plus tout financer, il doit choisir. Il doit décider quels besoins passent avant les autres.
Or c'est précisément cette étape qui manque aujourd'hui au débat public.
Chaque catégorie défend légitimement sa cause. Chaque secteur considère son besoin comme prioritaire. Pourtant, les ressources de la Nation ne sont pas illimitées. Augmenter les moyens de l'hôpital, de l'éducation, de la justice, de la sécurité, de la transition énergétique ou de la défense en même temps est une promesse aussi séduisante qu'impossible.
La question n'est donc pas de savoir si les besoins existent. Ils existent tous.
La question est de savoir lequel doit être traité en premier.
Lorsque des collectivités protestent contre la suspension du Fonds chaleur, elles expriment un besoin. Lorsque les personnels hospitaliers réclament davantage de moyens, ils expriment un besoin. Lorsque les enseignants dénoncent le manque de ressources, ils expriment un besoin.
Mais qui est chargé de dire si l'hôpital doit passer avant l'énergie ? Si l'éducation doit passer avant la défense ? Si la sécurité doit passer avant certaines aides économiques ?
Dans une démocratie, cette responsabilité devrait être clairement identifiée.
C'est pourquoi l'organisation de l'État devrait être repensée autour de grands ministères responsables, chacun chargé de répondre à des besoins clairement définis et exprimés par les citoyens. Chaque ministère disposerait d'un budget identifié, de missions précises et d'une obligation de rendre compte des résultats obtenus.
Surtout, chaque ministère devrait également être responsable des économies et des réorganisations nécessaires à son propre fonctionnement. Aujourd'hui, l'administration demande régulièrement des moyens supplémentaires. Demain, elle devrait aussi démontrer sa capacité à simplifier ses procédures, supprimer les doublons et améliorer son efficacité.
Les citoyens comprendraient alors beaucoup mieux où va leur argent et pourquoi certains arbitrages sont rendus.
La véritable question n'est donc pas de faire participer davantage les citoyens. Ils participent déjà. Ils expriment leurs besoins chaque jour.
La véritable question est de savoir qui assume la responsabilité de transformer ces besoins en priorités nationales.
Aujourd'hui, nous vivons dans une démocratie des revendications où chacun réclame davantage pour son secteur. Demain, il faudrait construire une démocratie des priorités, où les besoins sont entendus, hiérarchisés et arbitrés de manière transparente.
Car gouverner ne consiste pas à répondre oui à tout le monde. Gouverner consiste à choisir.
Et dans une démocratie mature, ceux qui font ces choix doivent être clairement identifiés afin d'en assumer la responsabilité devant les citoyens.
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