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Gouverner n'est pas satisfaire tout le monde

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On entend souvent que les présidents ont de plus en plus de mal à gouverner parce qu'ils ne disposent pas d'une véritable majorité d'adhésion. C'est en partie vrai. La majorité obtenue lors d'une élection présidentielle n'est souvent qu'une majorité électorale.

Elle permet de désigner un vainqueur mais ne traduit pas nécessairement un accord profond du pays sur une orientation politique.

Cependant, cette réalité soulève une autre question, beaucoup plus fondamentale : gouverner consiste-t-il réellement à rechercher le consensus permanent ?

À écouter de nombreux candidats, la réponse semblerait être oui. Chacun promet d'être à l'écoute, de réconcilier les Français, de rassembler, d'apaiser et de répondre aux attentes du plus grand nombre. L'intention est louable. Mais elle repose sur une illusion : celle qu'un pays pourrait être dirigé en satisfaisant simultanément des intérêts, des attentes et des aspirations souvent contradictoires.

La politique n'est pas l'art de contenter tout le monde. Elle est l'art de faire des choix.

Or chaque choix crée des gagnants et des perdants. Construire une infrastructure consomme des ressources qui ne seront pas utilisées ailleurs. Réduire les impôts limite certaines dépenses publiques. Renforcer les services publics suppose souvent davantage de prélèvements. Accorder une priorité signifie toujours qu'une autre priorité devra attendre.

Un responsable politique ne peut donc être jugé uniquement sur sa capacité à créer du consensus. Son rôle consiste d'abord à définir une direction et à l'assumer.

Cela ne signifie pas qu'il doit ignorer les citoyens ou mépriser les oppositions. Dans une démocratie, écouter reste une obligation. Mais écouter ne veut pas dire céder. Consulter ne veut pas dire obéir. Gouverner implique parfois de prendre des décisions impopulaires lorsqu'elles apparaissent nécessaires pour l'intérêt général ou pour préparer l'avenir.

Nous avons progressivement confondu démocratie et unanimité. Pourtant, une démocratie n'est pas un système dans lequel tout le monde est d'accord. C'est un système dans lequel les désaccords peuvent s'exprimer, être arbitrés et conduire à une décision légitime.

La recherche permanente du consensus produit même parfois l'effet inverse de celui recherché. Par peur de mécontenter une partie de la population, les responsables politiques repoussent les arbitrages difficiles. Ils multiplient les compromis, les exceptions, les dispositifs temporaires et les mesures contradictoires. Les problèmes s'accumulent alors jusqu'à devenir plus douloureux encore.

Le véritable enjeu n'est donc pas de savoir si un président satisfait tout le monde. Aucun dirigeant n'y est jamais parvenu et aucun n'y parviendra jamais. La vraie question est de savoir s'il a défini un cap clair, expliqué ses choix, accepté le débat démocratique et assumé les conséquences de ses décisions.

Peut-être est-ce là que se situe l'erreur de nombreux candidats. Ils cherchent à convaincre les électeurs qu'ils pourront répondre à toutes les attentes alors que leur premier devoir devrait être de dire honnêtement ce qu'ils feront, ce qu'ils ne feront pas et pourquoi. Une élection ne devrait pas être un concours de promesses mais un choix entre plusieurs visions du pays.

Un président n'est pas élu pour faire plaisir aux Français. Il est élu pour gouverner la France. La nuance est considérable. Et l'oublier conduit souvent à transformer chaque déception en crise politique, comme si l'échec consistait à ne pas satisfaire tout le monde alors qu'il réside parfois simplement dans l'absence de direction.

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