Parcoursup n'est qu'un outil. On peut le rendre plus transparent, plus simple ou plus efficace. Mais le véritable problème est ailleurs : dans notre conception même de l'orientation scolaire.
Depuis plusieurs décennies, la France poursuit un objectif implicite : conduire toujours plus de jeunes vers le baccalauréat général, puis vers l'enseignement supérieur. Cette ambition était généreuse. Elle partait de l'idée qu'en élevant le niveau de diplôme, nous élèverions le niveau de la société tout entière.
Mais la réalité est plus complexe.
À force de vouloir faire entrer tous les élèves dans le même moule, nous avons parfois oublié une évidence : les jeunes sont différents. Ils n'ont ni les mêmes capacités, ni les mêmes aspirations, ni les mêmes talents.
Certains s'épanouissent dans l'abstraction, la théorie, la recherche ou les études longues. D'autres possèdent une intelligence pratique remarquable, un goût pour la technique, la création concrète ou le travail manuel. Pourquoi considérer qu'un parcours serait plus noble que l'autre ?
Nous avons peu à peu dévalorisé les métiers manuels. On a parlé de « petits boulots » là où il fallait parler de professions. On a présenté les lycées professionnels comme des voies de rattrapage alors qu'ils devraient être des voies d'excellence.
Le résultat est paradoxal.
Des milliers d'entreprises cherchent des techniciens qualifiés, des artisans, des électriciens, des mécaniciens, des spécialistes de maintenance ou des professionnels du bâtiment. Dans le même temps, des jeunes obtiennent leur baccalauréat mais découvrent à l'université qu'ils n'ont ni l'envie ni parfois les bases nécessaires pour poursuivre des études supérieures.
Certains abandonnent après quelques mois. D'autres accumulent les réorientations. Beaucoup perdent confiance.
Pendant ce temps, le niveau exigé à l'entrée de certaines formations continue de faire débat. On a parfois préféré augmenter le nombre de diplômés plutôt que de s'interroger sur les connaissances réelles acquises.
Or le monde qui arrive nous oblige à repenser tout cela.
L'intelligence artificielle, l'automatisation et la robotisation vont réduire les besoins dans de nombreuses tâches administratives ou répétitives. En revanche, la société aura besoin de davantage de professionnels capables de concevoir les technologies, de les installer, de les réparer et de les faire fonctionner.
Nous aurons besoin d'ingénieurs de très haut niveau. Mais nous aurons aussi besoin de techniciens de très haut niveau.
La France ne se relèvera pas seulement grâce à ses chercheurs. Elle se relèvera aussi grâce à ceux qui fabriquent, entretiennent, construisent, produisent et transmettent des savoir-faire.
Le véritable débat n'est donc pas de savoir s'il faut conserver ou supprimer Parcoursup.
Il est de savoir comment orienter chaque jeune vers le parcours qui lui permettra de donner le meilleur de lui-même.
Peut-être faudrait-il cesser de considérer l'enseignement professionnel comme une voie secondaire. Peut-être faudrait-il en faire, dès le brevet, une composante normale du parcours scolaire, aussi respectable et valorisée que la voie générale.
L'égalité des chances ne consiste pas à faire emprunter à tous le même chemin.
Elle consiste à reconnaître la diversité des talents et à offrir à chacun le parcours dans lequel il pourra réussir.
Le jour où un excellent artisan, un technicien supérieur et un ingénieur seront regardés avec le même respect, nous aurons probablement résolu une partie du problème de l'orientation scolaire française.
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