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Quand les élites combattent les casseurs d'hier

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Le retour de l'idée du « casseur-payeur » * repose sur un principe qui paraît difficilement contestable : celui qui détruit doit réparer. Dans un pays où les dégradations lors de manifestations, d'émeutes ou de rassemblements coûtent chaque année des millions d'euros à la collectivité, il semble logique de demander aux responsables d'assumer les conséquences de leurs actes.

C'est d'ailleurs l'esprit des débats législatifs qui reviennent régulièrement sur ce sujet.

Mais derrière ce principe de bon sens se cache une question autrement plus complexe : combattons-nous encore les mêmes phénomènes qu'autrefois ?

Pendant longtemps, les pouvoirs publics ont raisonné selon un schéma relativement simple. Une manifestation se déroule dans un lieu précis. Quelques groupes violents s'y greffent. Les forces de l'ordre sont déployées sur les points sensibles. On interpelle les auteurs des violences et l'ordre finit par être rétabli.

Or nous ne sommes peut-être plus dans cette configuration.

Les responsables politiques parlent encore de « casseurs », comme s'il s'agissait d'individus venus briser quelques vitrines ou incendier quelques véhicules au hasard. Mais les événements récents montrent souvent des modes d'action plus mobiles, plus dispersés et parfois plus imprévisibles. Le véritable enjeu n'est alors plus la casse elle-même, mais la capacité à désorganiser la réponse publique.

Lorsqu'on concentre d'importants effectifs sur quelques quartiers ou quelques grandes villes, rien ne garantit que les violences se produiront précisément là où elles sont attendues. Au contraire. Toute stratégie de protection crée mécaniquement des zones moins surveillées. Là où l'État se renforce, le risque peut se déplacer.

C'est pourquoi je m'interroge sur une possible erreur d'analyse. Les élites administratives et politiques préparent souvent la réponse à la dernière crise. Elles renforcent la sécurité autour des lieux déjà connus pour être vulnérables. Mais si certains cherchent délibérément à contourner ces dispositifs, pourquoi iraient-ils se heurter aux endroits les mieux protégés ?

La véritable vulnérabilité pourrait désormais se situer ailleurs : dans les villes moyennes, les petites communes, les infrastructures locales et surtout dans le patrimoine.

Le patrimoine présente une caractéristique particulière. Il est partout. Il ne peut pas être entouré de barrières ni surveillé en permanence. Une église, un monument, une mairie historique, une statue ou un bâtiment remarquable représentent davantage qu'un simple bien matériel. Ils incarnent une mémoire collective. Lorsqu'ils sont dégradés, ce n'est pas seulement de la pierre qui est touchée. C'est un symbole.

Or un symbole détruit provoque souvent davantage d'émotion et de divisions qu'une simple vitrine brisée.

Cette réflexion dépasse d'ailleurs la seule question de la sécurité. Elle interroge notre manière de penser les risques. Depuis plusieurs années, nous concentrons nos moyens, nos infrastructures, nos services et parfois même nos capacités de décision dans quelques points stratégiques. Pourtant, plus un système est concentré, plus il devient vulnérable lorsqu'un de ses points faibles est atteint.

Le même raisonnement vaut pour l'ordre public.

La question n'est donc peut-être pas seulement de savoir comment faire payer les casseurs. La question est de comprendre ce qui a changé dans la nature même des menaces auxquelles nous sommes confrontés.

Car si nous continuons à imaginer les violences de demain avec les schémas d'hier, nous risquons de protéger parfaitement les endroits où rien ne se passera, pendant que d'autres territoires subiront les conséquences de notre aveuglement.

Le débat n'est peut-être plus celui des casseurs. Il est celui de la dispersion du risque, de la protection du patrimoine et de la résilience de l'ensemble du territoire. Une nation solide n'est pas seulement celle qui protège ses grandes métropoles ; c'est celle qui reste capable de protéger ses villages, ses petites villes et tout ce qui constitue son héritage commun.

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