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Pourquoi les DOP sont une nécessité

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L'histoire de cette retraitée espagnole expulsée de son logement malgré son âge et son attachement à son lieu de vie illustre parfaitement une contradiction profonde de nos sociétés modernes.(1)

Nous considérons le logement comme un besoin fondamental, mais nous continuons à l'organiser principalement comme un bien économique. Tant que la personne dispose d'un revenu, d'un contrat conforme et d'une situation jugée acceptable par le marché ou l'administration, elle conserve son logement. Dès qu'un de ces équilibres se rompt, le droit d'habiter devient fragile.

Le problème ne concerne pas uniquement les personnes âgées. Il touche les familles monoparentales, les personnes en situation de handicap, les travailleurs précaires, les étudiants, les jeunes actifs et, plus largement, tous ceux dont la vie ne suit pas le parcours idéal imaginé par les institutions. Une séparation, une perte d'emploi, une maladie, un décès ou une simple baisse de revenus peuvent transformer le logement, qui devrait être un facteur de stabilité, en facteur de précarité.

Pourtant, nous savons depuis longtemps que la stabilité résidentielle est l'une des conditions majeures de l'autonomie. Un enfant réussit mieux lorsqu'il grandit dans un environnement stable. Une personne âgée conserve plus longtemps ses capacités lorsqu'elle reste dans son cadre de vie habituel. Un actif retrouve plus facilement un emploi lorsqu'il ne doit pas simultanément gérer une crise du logement. Le maintien dans son logement réduit les ruptures sociales, améliore la santé psychologique et limite les coûts collectifs liés à l'accompagnement d'urgence.

Notre système actuel repose sur une confusion permanente entre trois notions différentes : le besoin de se loger, le droit d'habiter et la propriété immobilière. Or ces trois notions ne sont pas identiques. Une personne peut avoir besoin d'un logement sans être propriétaire. Elle peut être propriétaire et mal logée. Elle peut également disposer d'un droit d'habiter sans posséder le bien qui l'abrite.

Le Droit d'Occupation Pérenne (DOP) repose sur une idée nouvelle : séparer le droit d'habiter de la propriété du logement. (2)

Le DOP repose sur une idée simple : le logement n'est pas un produit de consommation ordinaire. Il constitue l'une des infrastructures essentielles de la vie humaine, au même titre que l'accès à l'eau, à l'énergie ou aux soins. Dès lors, le droit d'occuper son logement devrait être protégé de la même manière que d'autres droits fondamentaux.

Dans le modèle du DOP, la commune conserve la propriété du patrimoine immobilier tandis que le résident bénéficie d'un droit d'occupation stable, transmissible et sans limitation de durée. Tant qu'il respecte ses obligations normales d'entretien et de participation financière, il ne peut être contraint de quitter son logement à cause d'un changement de situation familiale, d'une baisse de revenus ou d'une évolution administrative.

Cette différence est fondamentale. Aujourd'hui, de nombreuses personnes âgées vivent dans la peur silencieuse du changement. Peur de perdre un conjoint, peur de voir leurs revenus diminuer, peur d'être considérées comme occupant un logement devenu "trop grand", peur d'être déplacées dans un établissement qu'elles n'ont pas choisi. Le logement devient alors une source d'inquiétude permanente.

Avec le DOP, le logement redevient ce qu'il devrait toujours être : un ancrage. La personne sait qu'elle pourra rester chez elle aussi longtemps qu'elle le souhaite. Elle peut accueillir un proche, un aidant, un enfant ou un petit-enfant sans craindre de remettre en cause ses droits. Elle peut vieillir dans un environnement qu'elle connaît, entourée de ses souvenirs, de ses habitudes et de ses relations sociales.

Cet aspect humain est souvent ignoré dans les débats sur le logement. Pourtant, lorsqu'une personne âgée quitte son logement contre son gré, elle ne perd pas seulement des murs. Elle perd une partie de son histoire, de ses repères et parfois même de son autonomie. Le coût psychologique et sanitaire de ces ruptures est considérable.

Le DOP n'est pas uniquement une réponse sociale. C'est également un outil économique. Lorsqu'une personne peut demeurer durablement dans son logement, elle reporte souvent de plusieurs années son entrée en établissement spécialisé. Or chacun sait qu'une année d'EHPAD coûte beaucoup plus cher à la collectivité et aux familles qu'une année de maintien à domicile. Le DOP constitue donc aussi une politique de prévention.

Il apporte également une réponse à l'une des principales causes de la crise actuelle du logement : la logique spéculative. Le logement financé dans le cadre du DOP ne sert ni à enrichir un investisseur ni à alimenter une hausse continue des prix. Il reste durablement affecté à sa fonction première : loger.

Notre société a beaucoup développé les aides au logement, les allocations, les dispositifs de soutien et les mécanismes de correction. Mais elle s'est rarement posé la question fondamentale : pourquoi le logement est-il devenu l'un des principaux facteurs d'insécurité alors qu'il devrait être l'un des principaux facteurs de stabilité ?

Le DOP apporte une réponse simple à cette question. Il ne cherche pas à corriger les conséquences de l'instabilité. Il cherche à empêcher cette instabilité d'apparaître.

Au fond, la véritable question est peut-être celle-ci : une société moderne doit-elle considérer le logement comme un droit de continuité ou comme une simple marchandise ? Tant que nous choisirons la seconde option, les crises du logement se répéteront. Si nous choisissons la première, alors le DOP devient non seulement une solution possible, mais une nécessité.

Car une société qui ne garantit pas à ses citoyens la possibilité de rester chez eux lorsqu'ils vieillissent, lorsqu'ils traversent une épreuve ou lorsqu'ils deviennent fragiles n'offre pas réellement un droit au logement. Elle offre seulement un droit temporaire à l'occupation, conditionné par les circonstances de la vie. Or la sécurité ne consiste pas à avoir un toit aujourd'hui. Elle consiste à savoir que l'on pourra encore l'avoir demain.

Source et référence

(1) L'expulsion d'une Madrilène contrainte de quitter le logement où elle vivait depuis 70 ans après que la société immobilière qui en était propriétaire a augmenté le loyer mensuel de 275%, pour le porter à 2 650 euros à Madrid a déclenché des manifestations en Espagne contre la crise du logement,

https://www.franceinfo.fr/monde/espagne/en-espagne-la-retraitee-expulsee-de-son-appartement-va-pouvoir-rentrer-chez-elle-apres-un-accord-avec-les-proprietaires-annonce-son-avocate_8214065.html

(2) Le logement, pilier de la continuité des parcours. - Le pari des Terrotoires page 82

https://www.societe-solidaire.fr

 

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