Tant que les flux internationaux restaient fluides, cette organisation paraissait optimale. Les matières premières arrivaient au moment où elles étaient nécessaires, les pièces détachées étaient livrées sans délai et les entreprises immobilisaient moins de capitaux dans leurs entrepôts.
La crise sanitaire de 2020, les tensions géopolitiques, les pénuries de composants électroniques et les perturbations des chaînes logistiques ont cependant mis en évidence la fragilité de ce modèle. Une rupture à l'autre bout du monde pouvait arrêter une usine située en France quelques jours plus tard.
Face à cette réalité, de nombreuses entreprises et plusieurs États ont redécouvert une évidence : un stock n'est pas seulement un coût. C'est aussi une assurance contre les ruptures.
Nous avons ainsi recommencé à parler de stocks stratégiques de matières premières, de réserves énergétiques, de relocalisation de certaines productions et de souveraineté industrielle.
Pourtant, un autre élément essentiel demeure souvent oublié : la trésorerie.
Une entreprise peut disposer de ses machines, de ses compétences et de ses matières premières. Si elle manque de liquidités au mauvais moment, elle peut néanmoins disparaître.
Le capital de continuité répond à cette faiblesse.
Il constitue pour la trésorerie ce que les stocks stratégiques représentent pour les matières premières.
De la même façon qu'une entreprise conserve des réserves physiques afin d'éviter une rupture de production, elle devrait pouvoir constituer progressivement une réserve financière destinée à éviter une rupture d'activité.
Le capital de continuité devient ainsi un véritable stock stratégique de liquidités.
Il peut être mobilisé lors d'une crise économique, d'une catastrophe naturelle, d'une transmission difficile, d'une rupture d'approvisionnement ou d'un ralentissement brutal de l'activité.
Contrairement à une simple réserve comptable, il n'est pas destiné à être distribué aux actionnaires ou aux héritiers. Il est affecté exclusivement à la continuité de l'entreprise et à la protection de l'ensemble de son écosystème : salariés, fournisseurs, sous-traitants, clients et savoir-faire.
Cette logique conduit à une conclusion simple : si le XXIe siècle nous oblige à reconstituer des stocks de matières premières pour préserver notre souveraineté économique, il devient également nécessaire de reconstituer des stocks de liquidités pour préserver la continuité de nos entreprises.
Le capital de continuité est donc l'équivalent financier des réserves stratégiques.
Il ne vise pas à maximiser le profit à court terme mais à garantir la capacité de résistance de l'entreprise dans la durée.
Une économie résiliente ne repose pas uniquement sur ce qu'elle produit aujourd'hui. Elle repose aussi sur les réserves qu'elle est capable de constituer pour affronter demain.
Ajouter un commentaire