Constats sur notre société

On n’attend pas l’avenir comme on attend un train. L’avenir, on le fait (Georges Bernanos)

 

Bien avant  la crise des subprimes, nous étions déjà nombreux à nous poser des questions qui sont les mêmes à quelques variantes près pour tous les pays dans le style :  Pourquoi des hommes, des femmes mouraient-ils de froid  notamment dans un pays dit « riche »? Pourquoi des entreprises licenciaient-elles leurs salariés alors qu’elles engrangeaient des bénéfices ? Pourquoi n'était-on pas capable de mieux gérer les ressources naturelles de notre planète ? etc ..  La liste était longue et continuait.

 

Toutes ces questions sont toujours restées sans véritables réponses. A l’heure actuelle, en plus de la question récurrente d’un développement durable pour tous nos continents, d’autres questions continuent à se poser, comme celles des enfants qui meurent de faim dans le monde, alors que nous jetons des produits issus de l’agro-alimentaire pour que les prix se maintiennent ? Le phénomène semble être acquis, on n’en parle plus. Ce ne sont plus des évènements médiatiques, mais le désespoir n’est-il pas le même sous toutes les latitudes ? Mis à part la question du changement climatique, dont les politiciens prennent conscience des enjeux au niveau planétaire, la globalité du monde dont nous dépendons est-elle devenue sans importance, sachant qu’un battement d’ailes de papillon en un lieu donné peut déclencher une tempête aux antipodes ? La réponse nous est arrivée en 2007, brutale, avec la crise financière. Mais avons-nous bien compris ce qu’elle représente ? Est-ce une crise financière suivie par une crise économique, ou bien n’est-ce pas plutôt une crise mondiale concernant la structure et l’organisation de la société, qui nous a conduit vers une crise économique, parachevée par une crise financière que nous subissons sans nous être posé la question de savoir comment nous en sommes arrivés à ce stade.

 

L’habitude prise avec les médias, d’avoir des informations et des commentaires journalistiques sur le vif depuis l’autre bout de la planète, nous impose une réaction dans la précipitation. Dès qu’une information est connue, les journalistes se précipitent sur les hommes politiques pour leur demander leurs opinions, alors que parfois, ceux-ci n’ont pas eu le temps de prendre connaissance du dossier. Du coup, on ferme volontairement les yeux sur ce qui dérange, ou on s’enflamme, sans chercher à comprendre. Sous la pression de la rue, les politiques ne travaillent plus en profondeur, ce qui prend du temps et de la réflexion. En politique comme au quotidien, on vit dans l’impatience, on s’impose d’aller toujours de plus en plus vite, selon la maxime : « le temps c’est de l’argent ». Avons-nous peur à ce point de l’avenir? Ce « réactionnisme » est-il conscient ou inconscient dans notre manière d’agir, parce pour beaucoup d’entre nous notre pouvoir d’achat s’amenuise. Qu’il y a de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres, dû au dérèglement de l’économie et de la finance par le système des vases communicants. Qu’en Europe, l’ouverture des frontières et le Conseil de l’Europe nivellent les cultures locales. Que nous n’avons jamais autant recherché nos racines à travers la généalogie, la conservation du patrimoine, qu’elles se trouvent dans les bâtiments, les coutumes, ou les langues. Que plus nous avons besoin de nous unir afin de lutter pour sauvegarder notre planète et notre civilisation, et plus nous nous divisons sous prétexte de garder, entre autre, notre mémoire culturelle.

 

Si la sauvegarde environnementale de notre planète devient d’une évidence criante, ce dont nous avons moins conscience est la gravité et l’urgence de la sauvegarde globale de ses habitants et de la paix. Nous refusons la mondialisation, mais celle-ci s’impose d’elle-même, non par la crise économique, qui n’est que la face exposée du problème, mais par la scission des conceptions de civilisations et la fracture sociale entre riches et pauvres à l’échelle mondiale.

 

La mondialisation ne doit pas nous faire oublier notre pays et ses habitants. Il faut d’abord faire le ménage chez soi avant de balayer chez les autres. Travaillant sur un temps présent et futur de l’histoire, nous n’inventons rien. Nous ne faisons que reproduire avec des variantes des schémas déjà écrits. L’histoire avec un grand H, nous l’a enseigné. Servons nous de l’expérience de nos ancêtres. Ne pensons pas que nous avons LA solution. Nous pouvons avoir DES solutions. Ne croyons pas que tout est acquis, qu’un pays développé peut se reposer sur ses lauriers. Restons modestes devant les évènements. Combien de civilisations ont disparu au profit d’autres, plus pauvres ou plus agressives, à la conquête d’espace et de nourriture ? Les Français, en 1939 pensaient que la ligne Maginot était « inviolable ». Plus tard, les Allemands jugeaient que les bunkers de la Manche empêcheraient le débarquement des alliés en Normandie. Les civilisations, les nations ou les populations qui ont le dos au mur bénéficient de ce pouvoir de renverser n’importe quel obstacle.

 

Toutes les questions n’ont pas été posées. Toutes les réponses ne seront pas données. Elles viennent au jour le jour, suivant la politique et les enjeux mondiaux. Chaque jour, chaque évènement, changent les donnes. L’assassinat d’un leader politique appelé à gagner les urnes, l’élection d’un président dans un autre pays, un crack boursier, font que la politique mondiale évolue et que nous devons nous y adapter. Il faut pourtant qu’une ligne générale soit donnée autant à notre politique nationale, qu’aux principes généraux et généreux des droits de l’Homme que nous souhaitons entretenir en politique internationale et que cette politique soit suivie. Parce que c’est nous, les citoyens, qui écrivons l’histoire que nous enfants apprendront sur les bancs de l’école. Parce que c’est nous qui en ferons ce qu’elle sera. L’élection du Président américain Barack d’Obama nous a démontré que rien n’est impossible et qu’il ne faut pas croire que c’est une fatalité contre laquelle nous ne pouvons que baisser les bras. Il ne faut plus croire que nous ne pouvons rien faire. Osons agir !

 

 

Les références et les idées reçues

 

Pourquoi fait-on encore référence à mai 68, au Général de Gaulle, alors qu’en plus de quarante ans, bien des choses ont changé grâce à :

 

  • La liberté de circulation des marchandises et des voyageurs à travers l’Europe et dans le monde.
  • La rapidité des transports.
  • L’informatique et la robotique qui accélèrent l’émergence d’autres découvertes.
  • Une information qui nous parvient depuis les antipodes au moment où elle est émise par l’intermédiaire des médias, de la télécommunication, de la satellisation.
  • La médecine qui nous permet de vivre plus longtemps (la moyenne française est passée de 70 ans en 1968 à 78 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes en 2010)
  • La prise en charge par les femmes de leur fécondité.

 

A force de se poser des questions, on peut constater l’existence d’un dénominateur commun. Sous toutes ses formes, le progrès technique est une des composantes entrant dans le développement de la mondialisation, ainsi que dans l’évolution de notre mode de vie.

 

Comme pour tout, il y a le revers de la médaille. La croissance économique et le progrès sont des drogues. Plus nous en avons, plus nous en voulons. Nous sommes tous des drogués. Des drogués de la consommation. Des drogués des dépenses énergétiques (voiture/essence) - (chauffage/électricité)-(chauffage/fuel).- (éclairage/provenant de diverses  énergies fossiles), Ils font de nous des esclaves consentants. Nous travaillons plus pour pouvoir nous les payer. C’est pourquoi nous avons l’impression, et ce n’est pas seulement une impression que notre pouvoir d’acheter s’amenuise, parce que l’on désire le dernier écran de télévision à haute technologie, le portable de dernière génération, le PC le plus performant, les fruits et légumes hors saisons qui viennent des antipodes, les soins qui font de nous des personnes âgées alertes. Parce que notre éducation n’admet plus la frustration que le marketing développe avec les publicités de rêve.

 

Avec le progrès, nos besoins personnels ont évolué. Dans les années 50, nous étions satisfaits avec un appartement sans salle de bains, seulement un lavabo dans un coin, le téléphone fixe, les légumes de saisons. On ne connaissait pas Internet, le TGV, les fraises en hiver. La moyenne d’âge des français était de 65 ans. On respirait, parce que l’on venait de traverser une guerre avec tout ce que cela comportait de sacrifices et de restrictions. On était moins stressé. Nous n’étions pas encore entrés dans la société de consommation du jetable. On réparait, on raccommodait, on transformait, on gardait « parce que cela pouvait servir un jour » disaient nos grand’mères. Notre pouvoir d’acheter était en relation avec nos besoins et nos envies. Le crédit n’était pas entré dans les mœurs. Avec la société de consommation, nous sommes passés à la civilisation de l’éphémère.

 

En réalité, notre pouvoir d’achat a augmenté avec les années, mais nos besoins ont évolué et notre « pouvoir d’acheter » n’est plus en rapport avec nos envies de techniques et de confort. On ne peux tout payer, le loyer ou l’achat de la maison, les intérêts des crédits, la nourriture, les complémentaires de santé, prévoir la retraite, les impôts, les vacances, les transports, l’entretien et les réparations de l’électroménager et de la voiture, les assurances, et même le petit resto où l’on aimerait bien manger de temps à autre. Nous sommes contraints la plupart du temps à dépenser plus que nous gagnons, parce que nous avons ajouté à nos besoins de base, dont se contentaient nos arrières grand’parents, des besoins de confort indispensables qui coûtent chers, et qui sont justifiés par l’éloignement du lieu de travail ; voiture, accès à Internet, téléphone portable, devenus obligatoires pour travailler.

 

Comme pour chaque grande avancée technique, les modes de communication et Internet ont changé notre mode de vie. Ne clamons pas, comme certains théoriciens écologiques essaient de nous le faire entendre, que c’était mieux avant et vouloir revenir en arrière. C’était différent. La croissance a engendré le progrès et le progrès a développé la croissance économique. Le progrès - qu’il soit technique, scientifique, médical - est une courbe exponentielle qui ne peut s’arrêter sans retour en arrière. Il est seulement plus rapide que notre adaptabilité culturelle, politique, sociale et individuelle.

 

Chaque avancée technique, chaque découverte scientifique a son côté positif et son côté négatif. Chaque progrès bienfaisant est, si on n’y prend garde, transformé par l’individu en arme. Les découvertes de Pierre et Marie Curie sont à l’origine de la radiographie des poumons de l’Homme,[2] mais elles sont aussi le commencement des recherches sur la fission nucléaire. Les théories d’Albert Einstein sont à l’origine des centrales nucléaires, mais aussi de la bombe atomique. Le Net n’échappe pas à cette règle. Il nous permet une communication individuelle internationale en temps réel, il est une véritable encyclopédie nous renseignant sur tous les sujets,  mais il peut être aussi le roi de la désinformation.

 

Avec les temps modernes, le progrès est devenu une idéologie, une obsession, une arme entre gouvernants, entre pouvoirs. On se sert du progrès pour tuer plus facilement son ennemi, pour asseoir sa souveraineté sur le monde. Le Général de Gaulle, dans son appel du 18 juin 1940, le souligne : « Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pouvons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. »

 

On exige plus de progrès, parce que le progrès engendre le pouvoir, la richesse d’un état. Par conséquence, cet essor doit engendrer théoriquement plus de bien être et de pouvoir d’achat. Pourtant, à chaque fois, il faut continuer à se poser des questions sur les effets d’un progrès scientifique qui pourraient avoir des répercussions problématiques et chercher à y répondre avant de mettre un produit sur le marché. Par principe de précaution ? Pas forcément, parce qu’à ce compte, la recherche scientifique et technique n’avancerait plus; mais pour anticiper. De la même façon, faut-il attendre pour se poser des questions sur des sujets tels que le clonage, la stabilisation des cellules sur l’humain, progrès indéniable qui risque de poser des questions de déontologie et d’éthique? Pourquoi faut-il qu’il y ait un drame, pour qu’une loi soit votée sans avoir débattu du sujet ? Sujets de société dits « délicats », qui nous toucheront tous, un jour ou l’autre. Il est regrettable de légiférer dans l’urgence, sous le coup de l’émotion. Ne vaut-il pas mieux légiférer en impliquant notre cœur, autant que notre sens moral, avant que des dérives irrémédiables se manifestent ? Il ne faut pas séparer le progrès de l’éthique. Il ne faut pas séparer le progrès du pourquoi et du comment, de ce que nous sommes et de ce que nous voulons devenir.

 

 

D’autres constats : démographie et pauvreté

 

Oublier de prendre en compte la démographie galopante de certains pays, tout comme celui de la dénatalité dans d’autres, serait une grave erreur. Les populations ont besoin de se nourrir, de gérer leur capacité à vivre, là où elles sont nées. Les pays pauvres et/ou surpeuplés ont tendance à résoudre ces problèmes en se développant au détriment des pays dits riches, soit par la migration de leurs populations, soit par l’élargissement de leurs frontières, soit par une économie politique intensive d’exportation. Ils sont actuellement dans les mêmes besoins que l’Allemagne de 1920.[3] Les leçons de l’Histoire sont trop souvent ignorées, même si elles ont été chèrement payées. Les problèmes des états israéliens, palestiniens, africains, ont des points communs, notamment celui de l’eau. N’oublions pas que nous sommes humains avec tout ce que cela comporte de hauts et de bas, et que la richesse que l’on constate chez le voisin donne un sentiment de jalousie, de convoitise ou d’envie. On souhaite la même chose chez soi et pour soi. Si les Hommes ne peuvent se le procurer par l’instruction, le progrès technique et scientifique, le développement des industries et du commerce, la rigueur de la socialisation, un niveau de vie décent, un gouvernement stable, elles se l’approprieront par la violence.

 

 

Et un dernier constat, la spéculation de l’agro-alimentaire

 

Tous les financiers en sont conscients, les matières premières fossiles permettant la consommation énergétique ne sont pas illimitées. En est-il de même pour les matières premières agro-alimentaires ? Ils le pensent et l’affirment, aussi spéculent-ils dessus. C’est un pari qu’ils prennent sur le futur portant sur l’évaluation du calcul entre la natalité, la longévité de l’humain et la raréfaction future des biens de consommation produits par la nature grâce à une mauvaise gestion de l’Homme.

 

 

Il manque quelque chose d’essentiel dans ces constats à » la Prévert »

 

On parle de progrès, d’environnement, de pouvoir d’achat, de croissance économique, ne manque-t-il pas quelque chose d’essentiel dans cette énumération ? N’avons-nous pas oublié l’Homme, en tant qu’individu pensant, non en tant que pion sur l’échiquier mondial, présentant un potentiel mesurable de main d’œuvre et d’intelligence ? On ne lui a pas posé pas la question : qu’est ce qu’il veut ? Quels sont ses besoins, ses désirs, ses rêves ? L’argent est indispensable, mais il ne résout pas tous les problèmes.

 

Si nos désirs sont bassement matériels, si c’est seulement pour augmenter le taux de croissance, nous n’avons qu’un besoin, celui de produire plus à la manière des abeilles ou des fourmis qui vivent en sociétés élaborées. Pour augmenter le PIB, pour continuer à parader dans la liste des pays développés, chaque service, chaque geste ou parole se paie ou va se payer. Plus rien n’est gratuit.  En paramétrant mathématiquement l’environnement, le bien-être culturel et sanitaire, les économistes leurs ont donné une valeur monétaire, ce qui continue à fausser le calcul. La beauté d’un coucher de soleil, l’odeur d’un chèvrefeuille ou d’un mimosas ne peuvent être monnayés. Ils ne prennent pas en compte la pollution d’une rivière, mais intègrent dans leurs estimations, la circulation automobile parce qu’elle fait vendre des voitures et de l’essence, ce qui entre par conséquence dans le calcul du taux de croissance. Abaisser le taux de circulation automobile et la vente des voitures abaisse le PIB.

 

L’économie politique et le « pouvoir d’acheter » contenu dans le porte-monnaie du consommateur ne peuvent se passer d’une pensée humaniste pour notre futur. On ne peut se contenter de la croissance économique. Si on peut mettre en formules mathématiques le potentiel créatif des humains, on ne peut mettre en équation les sentiments et les désirs Notre réalité de l’instant présent a d’autres besoins que celui de l’argent. Même et surtout si l’argent est nécessaire, notre présent doit, avant tout, être une idée de notre devenir. Comment le souhaitons-nous ? Replié sur nous-même ou plus ouvert sur le monde ? Anticipant un manque de ressources, souhaitant laisser à nos enfants une planète préservée ou « après nous le déluge » ?

 

Les lois adaptent l’éthique à l’économie, à la consommation et non le contraire. L’homme politique et le philosophe, ce sont au fil des années, transformés en comptables. L’éthique est devenue fluctuante comme la monnaie. Nos valeurs morales changent, nos comportements aussi. Ce serait bien, si c’était pour aller vers un mieux- être pour tous. C’est grave, si c’est pour laisser une partie du globe et de nos propres concitoyens sur le bord de la route.

 

 

Avoir une nouvelle optique

 

S’il est vrai que nous avons tous le souhait de profiter de toutes les technologies modernes ainsi que celui de casser le rythme « métro, boulot, dodo », comment avoir l’argent nécessaire pour le réaliser ? Comment partager le travail et les revenus du travail sans léser personne ? Comment redonner espoir à nos enfants sur leur avenir ? A ces jeunes qui ont le sentiment de contribuer à un modèle social dont ils ne sont pas sûrs qu’ils pourront en bénéficier le moment venu, notamment au moment de la retraite.

 

Les défauts principaux de nos institutions que la crise financière et économique mondiale ont révélés sont de cogiter sur des systèmes politiques, financiers et économiques dont les principales trames de direction ont été mises en place à la fin de la guerre. Depuis 2007, des réformes ont voulu être faites, mais ce ne sont pas des réformes en profondeur, par peur de la rue et par manque d’imagination. Est-ce un bien ou un mal ? La rue a-t-elle raison ? Le français est contestataire, pourtant c’est lui qui a élu ses représentants à l’Assemblée Nationale ainsi que le Président de la République. C’est vrai qu’il est difficile d’admettre, que soient remises en cause les revendications pour lesquelles ils ont lutté pendant des années et qui sont devenues des droits acquis. Les retraites en sont un exemple. Parce que c’est à coup de grèves puis de négociations, que les français par l’intermédiaire des syndicats ont « acquis » certaines avancées sociales indispensables. Les véritables réformes sont toujours des questions qui fâchent et devant lesquelles autant les politiques que les syndicats reculent. Du coup, nos parlementaires se risquent seulement à faire des modifications qui ont prouvé avec le temps qu’elles n’étaient pas en adéquation avec la réalité.

 

Tout notre système social, environnemental, économique est à repenser. Favoriser la socialisation, la solidarité, le « pouvoir d’acheter », rendre sa place au respect de la personne. Plus il y a de techniques, de machines, qui abolissent l’esclavagisme du travail, plus il y a de réglementations qui déshumanisent l’individu, plus important est l’Homme ainsi que ses relations avec les autres, avec la société, avec le travail. Il faut adapter le travail et l’emploi à l’homme, et non l’homme à l’emploi, tout en gardant en mémoire que nos concurrents n’ont pas la même optique, tout au moins pour l’instant. L’Homme ne doit pas devenir un esclave du pouvoir de l’argent ou d’un contrat de travail. Ce ne sont pour lui que des outils dont il doit se servir avec sagesse. Que ferions-nous si pendant huit jours tout le monde était privé d’Internet et de télévision ? Se parlerait-on de nouveau ? Les enfants joueraient-ils dans les squares ? Cela ne veut pas dire qu’il faille supprimer Internet et la télévision, il faut apprendre à s’en servir comme d’un outil, et non comme un lien dont nous dépendons et qui nous rattache à une machine.

 

Que ce soit pour une question de mondialisation, de liberté, d’égalité ou de choix, il faut impérativement ajouter à nos questionnements de pensées civilisatrices des réponses pratiques : Et si nous faisions tous la même chose, en même temps, que se passerait-il ? Est-ce que se serait bien ? Si par exemple, nous prenions tous notre repos le dimanche, il n’y aurait plus de bus, d’électricité, de gaz, de trains, de soins donnés aux malades, de pompiers, de policiers, même les églises d’obédience chrétienne auraient l’obligation de fermer, etc.…

 

Peut-être que si l’on fait encore tellement référence à mai 68, c’est que l’on retient le courage des étudiants et des femmes qui – pas seulement en France - ont remis en cause les moeurs de l’époque. Ils proposaient un nouveau modèle de société, alors que maintenant nous sommes seulement dans la contestation et les « on devrait faire », « on aimerait beaucoup que », « on souhaiterait que », « nos vœux sont ». Dommage que la génération de 68, nombriliste, se soit beaucoup aimée, sans penser aux générations futures, et se soit endormie dans un doux ronron, se contentant de ce qu’ils avaient obtenus, laissant une société avide d’argent et de pouvoirs détruire leurs idéaux.

 

Nous ne sommes pas le seul pays avec ces problèmes. Quarante ans de réformes ont alourdi les structures, multiplié les organismes d’état. Beaucoup ont compris qu’ils ne pouvaient plus continuer avec les organisations étatiques en place. Certains états ont déjà eu le courage de les repenser, d’autres y songent.

 

Tout comme l’a écrit en mai 2004, la Présidente du Trésor de l’Etat québécois  Monique Jerôme-Forget « … cette adaptation est inéluctable. En la matière, le statu quo n’est pas un choix responsable. On ne peut placer le Québec à l’abri de la mondialisation ou des conséquences des changements démographiques. On ne peut exiger plus d’effort de contribuables … On ne peut imaginer alourdir indéfiniment notre dette collective, et reporter sur nos enfants notre incapacité à ajuster nos dépenses à notre richesse … pour accroître et prospérer, pour rester fidèle à nos idéaux de justice et de compassion et conserver les services publics auxquels nous tenons, nous devons repenser nos façons de faire. Il faut recentrer l’action de l’Etat sur ses missions essentielles, faire confiance aux régions et à ceux qui agissent en première ligne, s’ouvrir aux partenaires et aux pratiques novatrices, privilégier les services aux dépens des structures »